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Voyage insolite au pays des dragons

Si ce coin de planète offre des paysages de rêve, ce n’est pas son plus grand trésor. Ses îles verdoyantes, ses plages de sable blanc, ses eaux aux nuances turquoise, cobalt ou saphir, ne sont en définitive qu’un écrin pour sa faune extraordinaire. Car, ici, se trouve le véritable territoire des dragons. Leur lieu de résidence est connu depuis des siècles. Datant de 1507 et conservé à la New York Public Library, le Lenox Globe est parmi les plus anciens globes terrestres existants. Il est également le seul qui, en face des côtes de l’Asie orientale, porte la mention latine : Hic Sunt Dracones (« Ici se trouvent les dragons »). Les cartes de cette époque, alors que venait de débuter la course à l’exploration des mers lointaines, étaient très approximatives et tenaient plus compte de ce qui se racontait dans les ports que d’observations directes. On parlait il y a cent ans encore d’êtres monstrueux dans un archipel de la mer de la Sonde, et il fallut attendre qu’une mission scientifique néerlandaise visitât l’île de Komodo pour faire de son célèbre dragon un Varanus komodoensis, le plus grand lézard vivant. Aujourd’hui, avec les îles voisines de Rinca et Padar, et une poignée d’autres îlots ainsi que les eaux environnantes, Komodo est un parc national, créé pour protéger en premier lieu cette bizarrerie de l’évolution représentée par quelque 4000 spécimens. On y va justement pour voir – à une certaine distance de sécurité – ces varans de 3 m de long et 70 kg, agiles et rapides malgré leur taille, pourvus de grandes dents pointues et connus pour être de redoutables carnivores. Même s’ils ne sont pas en mesure de tuer et de dévorer dans l’instant un cerf de Java ou un buffle d’eau (leurs proies de prédilection), leur morsure, provoquant une septicémie, est fatale : 15 variétés de bactéries nocives ont été identifiées dans leur salive !
D’autres espèces sont également à découvrir lors de ce périple extraordinaire. Voici une suggestion, si vous allez un jour dans ce coin de paradis. Au coucher ou soleil, amarrez votre bateau dans la baie de Soro Masangga. Les mangroves qui l’entourent sont peuplées par des milliers de roussettes ou « renards volants ». Comme toutes les chauves-souris, elles sont nocturnes et, dès que le soleil a disparu, elles s’envolent ensemble pour chasser: un spectacle à la fois effrayant et fascinant, qui marque longtemps l’esprit. Et, si vous décidez d’y passer la nuit, vous serez réveillés par leur retour en masse. Si les paysages sont un régal de tous les instants pour les yeux, un endroit mérite une attention particulière. Il serait en effet dommage de visiter Komodo sans passer à côté de Pantai Merah: une plage de sable fin de couleur rose-caramel à la fraise. Une coloration due à la presence dans le sable blanc de foraminifères, protozoaires dotés d’une microscopique coquille rouge. Le spectacle de cette plage est tout bonnement étonnant, enserrée qu’elle est entre une mer turquoise et une verdure émeraude.

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